Les petits courent dans la rue en petits groupes de trois ou quatre. Ils rient aux éclats, et derrière eux, deux mamans poussant leurs poussettes discutent de la pluie. Du beau temps. De la vie. L'été, les enfants assis sur une petite nappe, jouent dans le sable. Ils rapportent de l'eau dans leur seau en harmonie du son des vagues. L'hiver, le visage de cette petite fille emmitouflée dans son écharpe et son bonnet à pompon, frappant dans ses mains, émerveillée à la chute des premiers flocons. L'enfance est un papillon qui se hâte de brûler ses blanches ailes aux flammes de la jeunesse. Les enfants grandissent. Changent. Ils perdent l'innocence. Souvent le sourire. La jeunesse est une douleur en manque de compréhension. On se pose tellement de questions. Et puis, commencent les mauvaises habitudes. Ces habitudes. Celles qui détruisent notre monde. Notre planète. La jeunesse est le temps d'étudier la sagesse, la vieillesse est le temps de la pratiquer. Cette petite fille qui a grandit se sent obligée de se barbouiller vulgairement le visage. Son visage anciennement rond et rose. Il devient d'une couleur fade. Des lèvres trop collantes. Des yeux noir dégoulinant. Elle se sent obligée de rejoindre un groupe. D'être aimé. Pour ce qu'elle n'est pas. Elle voudrait être aimé. Et aimer. Il y a ce garçon. Blond. Fort. Entouré de filles. Il l'attire. Voila maintenant deux années qu'elle l'admire. Elle est amoureuse. Pour la première fois. Elle tente multiples péripéties pour qu'il la remarque. Alors elle fume. Comme les autres. Elle boit. Comme les autres. Elle se drogue. Comme les autres. Elle se tue. Comme les autres. Les autres lui créent une personnalité qui ne lui correspond pas. Mais qui sont les autres ? Qui sont-ils pour gâcher la vie d'une fille épanouie qu'elle était ? Ce garçon lui parle alors. Elle est heureuse. Naïve. Mais heureuse. Alors elle se laisse emporté par ses grands airs qui le rendent si mature. Jeunesse stupide. Jeunesse perdue. Jeunesse qui n'a pas confiance en elle-même. Et pour la première fois. Cette fille connaît la trahison. Ce garçon. Il n'était pas formidable. Il n'avait seulement qu'un but. Elle se renferme sur elle. Elle essaye de l'oublier. Elle fume. Elle boit. Elle n'oublie pas. Elle souffre. Elle se drogue. Elle fume. Elle boit. Elle ne prête plus attention aux autres. Ses véritables amis. Ceux que l'on peut compter sur les doigts d'une seule main. Sa famille. Elle leur tourne le dos. Elle fume encore et encore. Jusqu'à quoi ? Jusqu'à quand ? Elle l'aime. Il hante ses nuits. Malheur à celui qui, au milieu de la jeunesse, s'abandonne à un amour sans espoir. Elle devient une des ses filles qui se sentent seules. Perdues. Abandonnées. Ses parents se disputent. Ses parents deviennent désespérés. Leur fille ne travaille plus. L'avenir est chaotique. L'avenir est déjà écrit. Le père devient malheureusement chômeur à cause de la fermeture de son entreprise. Sa femme le voit changer. Il fume. Il boit. Il décède trois années plus tard. Cancer du poumon. Pendant ce temps, la fille a grandit. A comprit le sens de la vie. Du moins. Elle pense l'avoir compris. Maintenant. Elle cherche avec difficultés un emploi. Elle ne voudrait pas que son futur enfant, bien logé dans son ventre, apparût accidentellement à la suite d'une soirée trop arrosée, n'ai pas de quoi vivre.
Extérieure à son aventure, une personne l'observe. Observe cette fille. Observe la jeunesse. Observe les adultes. Observe le monde. Que voit cette personne ? Elle voit des gens sans gènes, se croyant tout permis, comme si tout leur appartenait. Ils pourrissent la planète, et se plaignent ensuite. Ces gens ne sont plus capables d'obtenir confiance et amour. Ils trahissent pour de l'argent. Incapables d'avoir leur propre personnalité, ces gens deviennent tous pareils. Et cette personne, qui regarde. Elle juge tout cela stupide. Mais au fond. Elle aussi est stupide.